À l’occasion de la Journée nationale du « Génocost », célébrée ce 2 août, le Prix Nobel de la paix Denis Mukwege a publié une déclaration dans laquelle il rend hommage aux millions de victimes des conflits en République démocratique du Congo (RDC) et appelle les autorités congolaises ainsi que la communauté internationale à agir pour mettre fin à l’impunité et aux violences qui persistent dans l’est du pays.
Dans son message, Denis Mukwege souligne que cette journée de commémoration est dédiée aux millions de femmes, d’hommes et d’enfants ayant perdu la vie ou subi les conséquences des guerres qui frappent la RDC depuis plusieurs décennies. Il rend également hommage aux survivants, aux personnes déplacées, aux victimes de violences sexuelles ainsi qu’aux familles endeuillées.
Selon lui, la reconnaissance officielle du 2 août comme Journée nationale du « Génocost » constitue une étape importante dans le devoir de mémoire. Toutefois, il estime que cette reconnaissance doit s’accompagner d’actions concrètes visant à garantir la justice, la vérité, les réparations pour les victimes et des garanties de non-répétition.
Dans sa déclaration, le Dr Mukwege affirme que les conflits armés qui secouent l’est de la RDC sont étroitement liés à l’exploitation des ressources naturelles du pays.
Il cite notamment les rapports successifs des Nations Unies, des organisations internationales et de la société civile, qu’il estime démontrer les liens entre les violences, l’exploitation illicite des minerais stratégiques et les interventions d’acteurs étrangers. Il évoque également les conclusions récentes du Groupe d’experts des Nations Unies, selon lesquelles le contrôle des zones minières demeure un facteur majeur des affrontements actuels.
Le Prix Nobel estime que des minerais tels que le cobalt, le coltan, l’or, la cassitérite et le tungstène alimentent les industries mondiales tout en contribuant à prolonger les violences sur le territoire congolais.
Denis Mukwege estime également que les responsabilités internes ne peuvent être ignorées. Il évoque notamment la corruption, le bradage des ressources nationales, l’affaiblissement des institutions et l’absence de réformes profondes dans les secteurs de la justice, de la sécurité et de la gouvernance.
Dans ce contexte, il critique le projet de révision de la Constitution porté, selon lui, par le pouvoir en place. Il affirme que cette initiative, contestée par une partie de la société civile, des Églises et de l’opposition, pourrait accentuer les tensions politiques et conduire à une nouvelle déstabilisation du pays.
Le Prix Nobel appelle les autorités à renoncer à ce projet et à privilégier le dialogue afin de préserver la stabilité nationale.
Denis Mukwege renouvelle son plaidoyer en faveur de la mise en œuvre d’une stratégie nationale de justice transitionnelle. Celle-ci comprendrait notamment des poursuites judiciaires, la recherche de la vérité, des réparations pour les victimes, la préservation de la mémoire, des réformes institutionnelles ainsi que des garanties de non-répétition.
Il réaffirme également son soutien à la création d’un Tribunal pénal spécial pour la RDC ainsi que de chambres spécialisées mixtes destinées à poursuivre les auteurs présumés de crimes graves commis sur le territoire congolais.
Le gynécologue congolais appelle aussi l’État à renforcer le devoir de mémoire à travers la création d’un mémorial national à Kinshasa et l’érection de monuments dans les provinces les plus touchées par les conflits.
Selon lui, ces lieux de mémoire permettraient d’honorer les victimes, de préserver les preuves des atrocités commises, de transmettre cette histoire aux jeunes générations et de promouvoir une culture de paix.
Il plaide enfin pour le renforcement de la traçabilité des minerais stratégiques, la lutte contre les circuits illicites d’exploitation et d’exportation ainsi que le développement de leur transformation locale afin que les richesses naturelles profitent davantage au développement de la RDC.
En conclusion de sa déclaration, Denis Mukwege affirme que les Congolais ne demandent « ni compassion ni charité », mais le respect de leur souveraineté, du droit international et de leurs droits fondamentaux.
Il appelle à mettre fin aux agressions contre la RDC, au pillage des ressources naturelles et à rendre justice aux millions de victimes des conflits, estimant que la mémoire ne prendra tout son sens que si elle conduit à des actions concrètes en faveur de la paix, de la justice et d’une gouvernance responsable.
Chaque jour, nous nous engageons à vous fournir une actualité vérifiée, crédible et traitée avec rigueur, au plus près des réalités de la RDC et du monde.
Copyright © 2026 CongoView . All Rights Reserved.